• Elle jette sa mallette sur le siège, monte, et me donne l'adresse. Puis, comme tout le monde, elle sort son portable.

    Les portables ont changé la vie des chauffeurs de taxi. Autrefois, ils devaient faire abondamment la conversation. Désormais ils doivent écouter celle des autres. On dirait qu'aucun individu n'est capable de tenir cinq minutes dans un taxi sans appeler un être aimé pour lui dire qu'il est dans un taxi. "Trésor... qu'est-ce que tu es en train de faire ? Ah bon ? Je suis dans un taxi..."[...]

    "Il a raison, tu sais, dit Robert. le doute raisonnable c'est de la connerie." J'ai encore les yeux gonflés d'avoir pleuré et je pense que je pourrais recommencer. Je suis allé directement de l'entrevue avec mon avocat à la récréation, et j'ai été surpris de constater à quel point mon sentiment de désespoir s'est dissipé dès que j'ai aperçu Robert. C'est vraiment mon seul ami au monde.

    "Qu'est-ce que tu veux dire ?

    - Tu dois voir ça différemment. Tu n'es pas innocent jusqu'à ce qu'il soit prouvé que tu es coupable, ça marche dans l'autre sens. Il faut prouver que tu es innocent. S'il y a un doute sur ton innocence, qu'est-ce que les jurés ont à gagner en te laissant libre ? Ce n'est pas un problème pour eux si tu passes le reste de ta vie en prison pour quelque chose que tu n'as pas fait. Quand ils retournent à leur poste dans un bureau quelconque, il leur suffit d'être à peu près sûrs d'avoir éloigné un mauvais sujet."

    Arrêtez-moi là !, Iain Levison

     

     


  • DES ATELIERS D'ECRITURE EN QUATRIEME

    Si vous voulez en savoir plus, cliquez sur la première de couverture.

    Ecrire en quatrième


  • Des lectures à voix hauteExtraits de Nouvelles de Maupassant.

    Les élèves s'entraînent à lire à voix haute.

    Une famille

     

     

     


  • Espoir...Zara but son thé avec colère, elle avala de travers et se mit à tousser, tellement qu'elle en eut les larmes aux yeux. Elle partirait. Ça lui éviterait au moins d'écouter traîner les pantoufles de sa mère. Les mères des autres avaient été sous les bombardements, quand elles étaient petites, et pourtant elles parlaient, même si la grand-mère disait qu'une bombe pouvait rendre un enfant muet de frayeur. Pourquoi fallait-il que ce soit précisément sa mère à elle, qui ait été effrayée à ce point par les bombes ? Zara partirait. Elle ramènerait à la grand-mère énormément d'argent, voire un téléscope. On verrait ensuite si la mère aurait quelque chose à redire, quand elle rentrerait avec la valise pleine de dollars, avec lesquels elle se payerait des études, qu'elle serait médecin en moins de deux et qu'elle leur trouverait un logement individuel. Elle aurait sa propre chambre, où elle pourrait étudier dans le calme, préparer ses examens, et elle porterait une coiffure occidentale, des bas qui font briller les jambes, tous les jours, et la grand-mère pourrait chercher la Grande Ourse avec le télescope.

    Purge, Sofi Oksanen


  • [Sans titre]

    Il y avait tant de choses que je ne savais pas quand je suis parti.

    Et tant de choses que je savais.

    Je n’avais pas l’habitude d’écrire. Maman me tannait tout le temps pour que j’envoie des petits mots de remerciement à la famille quand on recevait des cadeaux d’anniversaire ou de Noël – une famille qui ne venait jamais nous voir et qu’on n’allait jamais voir. Mais au Vietnam, le courrier, c’était le truc qu’on espérait tous. Qu’on appelait de tous nos vœux. Il n’y avait pas de cabines téléphoniques. Si on voulait recevoir une lettre, il fallait d’abord en expédier une. Je me montrais prudent lorsque j'écrivais à ma mère. Je ne voulais pas l’inquiéter ; ce que je ne pouvais pas lui dire, je le disais à Bill. Et pour la première fois de ma vie, j’ai terminé mes courriers par « Je t’aime ».

    Je n’ai pas écrit à Rosemary et Ernie. Je ne leur ai même pas dit au revoir. C’est nul, surtout après tout ce qu’ils ont fait pour moi. Je me doutais bien, quand j’avais signé, qu’ils tenteraient de me raisonner. Or je ne voulais pas. Je n’avais pas un sou en poche et il fallait que je trouve un moyen de me tirer d’Olina.

    Les Morriseau ne se sont jamais vraiment étendus sur leur expérience dans l’armée. Rosemary en parlait un peu. Ernie, presque pas. Il avait des médailles mais je ne les ai jamais vues. Souvent, je l’imaginais sous les traits d’un de ces gars dans les films sur la Seconde Guerre mondiale qu’on regardait avec Bill. John Wayne se battant pour sauver sa peau à Bataan. Des histoires de tripes et de gloire.

    Les tripes, c’est pas ça qui manque ici, mais la gloire, mon cul. Il y a des tripes couvertes de mouches. Des tripes mouillées par la pluie. Des tripes sanguinolentes. Des longueurs et des longueurs de tripes. Tout le monde est trempé en permanence. J’ai les pieds enflés, en sang, dans mes bottes. Pourtant, vues de la base, à une certaine distance, les collines sont rudement jolies. On dirait le jardin d’Eden. Ce qu’elles étaient autrefois pour les gens qui vivent ici. Aujourd’hui, c’est plus qu’un putain de champ de mines. Un endroit que le lieutenant Miller appelle « surréaliste ». J’aime bien ce mot. Cette sensation d’être entre la réalité et l’irréalité.

     

    Mary R. Ellis, Wisconsin