• Ecriture au féminin

    Un roman fémininLes pièces de tissu défilent dans la machine, manipulées par des mains qui ne sont autres que les miennes. À force d'habitude, de mécanismes répétés, elles ne m'appartiennent plus. Chemises d'homme. Blanches. Pour un client anglais. À expédier dans 4 jours. 900 pièces. Nouveau modèle, nouveau tissu, nouveau slogan dans l'atelier. Votre ardeur au travail vous offre le meilleur des contentements. Des slogans en forme d'horoscopes. Pourtant ce sont les phases de commandes qui rythment nos vies, et non celles de la lune. Toujours ce petit temps d'attente lorsque la découpe nous passe ses premiers ballots et que nous peinons à prendre le rythme. On y est maintenant. D'ici quelques heures, une fois que nous aurons cette coupe en main, nous gagnerons encore des secondes sur le temps de réalisation. J'aime cette sensation que nous avons parfois, quand ça marche bien, de ne plus faire qu'un dans l'atelier. A l'unisson. Mais aujourd'hui, je décroche, je n'arrive pas à suivre... L'impression d'être directement passée du lit à la machine, mon corps toujours engourdi. Les copines du dortoir ont cru que j'avais encore mal au ventre. Problème de dos, nausées, yeux irrités... Dortoir ou dispensaire, il est parfois difficile de savoir. Mère disait toujours que j'étais solide comme un gars. Mais les gars ne sont pas tellement plus vaillants que nous quand il s'agit d'enchaîner les nuits blanches pour finir une commande.

    « Humour noirUn peu de douceur ! »